Editos
La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) est définie par la Commission européenne comme « l’intégration volontaire, par les entreprises, de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec les parties prenantes ». Elle est devenue depuis plusieurs années un sujet important pour les grandes entreprises. Cette démarche concerne désormais toutes les entreprises des ETI aux TPE et la cheville ouvrière retenue par l’UE pour les faire converger dans cette approche est le rôle tenu par les établissements financiers. En effet, étant donné que le recours aux banques est indispensable pour toute entité économique, celles-ci ont reçu la charge de vérifier le comportement sociétal de leurs clients et de veiller à ce que les justifications des prêts qu’elles octroient s’inscrivent dans une logique vertueuse. Les banques, elles-mêmes évaluées sur l’orientation des projets qu’elles financent, ont initié à ce titre de larges programmes internes de formation afin de rendre opérants leurs conseillers sur ces sujets. La cession d’une entreprise se faisant la plupart du temps par un montage de reprise à effet de levier, les banques sont incontournables dans le processus de transmission. L’entreprise étant ici l’objet même de l’investissement, c’est donc tout son périmètre qu’il faut examiner. Le sujet de la RSE constitue donc aujourd’hui un sujet à la fois pour le cédant et pour le repreneur.
Pour tenter d’y voir clair, essayons d’être pragmatiques. L’analyse de risques a toujours été une question essentielle dès qu’il s’agit d’évaluer un investissement. La RSE permet un nouvel axe d’analyse sur le plan environnemental et sur le plan social, sujets qui étaient d’ailleurs plus ou moins déjà abordés auparavant au moment de l’élaboration du business plan.
Au niveau de la consommation des ressources et des enjeux environnementaux, il est raisonnable de se poser la question de la durabilité du business model d’une entreprise : les ressources utilisées par l’entreprise sont-elles illimitées ? Seront-elles toujours disponibles ? A quel prix ? Les nouveaux comportements sociétaux des consommateurs auront-ils un impact ou non sur son futur ? La localisation de l’entreprise constitue-t-elle un risque compte tenu de sa géographie ? Quels sont les rejets de l’entreprise ? Sont-ils valorisés ? Valorisables ? Y aura-t-il demain un coût additionnel relatif à leur traitement ? Ces questions pleines de bon sens ont toutes leur acuité, la question est d’apprécier l’horizon de temps sur lequel on se les pose.
Au plan social, la plupart des chefs d’entreprise reconnaissent que la valeur humaine est clé pour une entreprise et donc un de leur sujet essentiel de préoccupation est d’attirer les talents et surtout d’être en mesure de les garder un minimum dans la durée. Les générations Y et Z n’ont plus le même rapport au travail que les générations précédentes et c’est une donnée à prendre en compte pour bâtir une stratégie RH. Le sens de l’utilité à une cause, la qualité des relations au sein de l’entreprise, la flexibilité des emplois du temps, la mobilité, la transparence, la reconnaissance de la juste valeur, la sensibilité à des valeurs sociétales, … : il existe nombre de sujets qui deviennent aujourd’hui des arguments pour rester ou pour quitter une organisation, constituant ainsi autant d’éléments vitaux pour pérenniser une entreprise.
Certains voient dans la RSE une contrainte supplémentaire, un nouveau panel de formalités qui vient ankyloser les audits déjà de plus en plus tatillons ou une simple stratégie court-termiste d’obtention de financement dans des conditions favorables. D’autres y voient le seul credo et le seul chemin de salut d’un monde qui se perd ne sachant pas où il va, quitte à y perdre les fondamentaux économiques qui permettent pourtant la survie d’une entreprise et allant jusqu’à reléguer la comptabilité en partie double au passé. Derrière une dénomination qui peut effrayer, la RSE regroupe en soi des thèmes fondamentaux dès qu’on se place dans une optique de projection vers le futur d’un monde dans lequel les ressources ne sont plus infinies. Sans rejet primaire, sans intégrisme aussi contre-productif que stérile, la RSE recouvre des dimensions stratégiques qui méritent d’être sérieusement analysées dans le cadre d’une cession d’entreprise. Francis Blanche était visionnaire en son temps lorsqu’il disait : « Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement ! »
Thierry POUROT
Associé Gérant
CABINET RICHEMONT
Rapprochement & transmission d’entreprises
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